FONDS BRILLE LUEUR
Je cherche, je trouve, je rassemble.
Des photos anciennes, sans nom, sans contexte, sans identité. Des photos d’anonymes, bien rangées dans de vieux albums ou des pochettes en papier aux couleurs des grandes marques de l’industrie photographique. Des photos de famille, soigneusement dérangées, que je trouve de plus en plus dans de vieilles boîtes décaties, au gré des occasions, dans des brocantes, des vides-greniers ou des vides-maisons que j’arpente nonchalamment depuis quelques années. Surtout dans des vides-maisons, c’est là que l’on trouve les meilleurs lots, que peu de personnes ont manipulés. Certaines de ces photographies sont datées, comportent des informations, des traces, d’autres aucune. Parfois, l’on reconnaît un monument, un paysage, une région. Dans tous les cas, c’est la photo que l’on reconnaît sans la reconnaître. Ces images-là, on croit tous les avoir déjà vues. Elles pourraient être nos photos de famille. […]
Le plus important dans ce geste de collecte n’est pas forcément de trouver, mais de voir, de regarder attentivement. De comprendre dans ce flux d’images comment un groupe d’individus, ne se connaissant pas, d’horizon social parfois tellement différent, se retrouvent souvent à réaliser la même photo, à très peu de différences près. Cette accumulation m’intéresse, me nourrit et m’invite à rester en alerte. D’autant plus que je ne peux jamais savoir précisément ce que je cherche ni ce que je risque de trouver. C’est alors, dans cette masse d’images, que surgit parfois une singularité. Une image somme toute banale, dans laquelle j’accepte de voir des traces que l’on ne remarque pas. J’aime croire que chaque photographie que je trouve m’attendait. […]
Nicolas Rouget, 2025.